LAURENT D. HUBIN, pêcheur à la mouche et romancier


J'IRAIS "MOUCHER" PRES DE CHEZ VOUS

Des histoires de pêche à la mouche, des extraits de futurs romans... je vais rassembler mes souvenirs de pêche (Mayenne, Hautes-Alpes, Jura, Auvergne, Basse-Normandie, Haute-Savoie, Pyrénées ...) et les mettre par écrit.

Et puis, des photos qui me rappellent d'agréables moments... avec ou sans poissons.

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La Couze Pavin (Puy-de-Dôme)

Qu'est ce que la pêche à la mouche... selon moi ?

Dans l'expression « pêche à la mouche », il y a « pêche » et « mouche ». Selon moi, la question de savoir ce qu'est la pêche, de lui trouver une sorte de définition, un semblant de but ou de principe philosophique général à notre époque, me trotte dans la tête depuis de longues années. Je m'assois donc aujourd'hui devant mon ordinateur pour mettre par écrit une once de mon idée sur la chose. Je sais d'ores et déjà que je ne réussirai jamais à faire le tour de la question.

Malheureusement pour moi, cette interrogation ne date pas de mes premières saisons en tant que pêcheur. Cela m'aurait certainement aidé à ne pas stagner dans cette discipline – même si la progression n'est pas un ingrédient obligatoire au bonheur. C'est une notion qu'il est, ici, tout à fait possible d'oublier.

Oublions tout de suite « Il faut pêcher pour se nourrir, pour survivre ». Cela ne me concerne pas.

La pêche est synonyme de connaissance de la rivière et de la nature de son lit, de l'eau et de sa couleur, de ses mouvements et de sa force... mais pas seulement. Déjà à ce niveau de la réflexion, s'il manque un ou plusieurs de ces premiers éléments de connaissance, la pêche n'est plus vraiment la pêche. Si dans la réflexion et l'action, le pêcheur ne tient pas compte de cela, il n'y a donc plus dans sa démarche l'intégralité de l'essence même de cet art. Ce n'est vrai, évidemment, que si le prétendu pêcheur a conscience de ce principe, qui somme toute, m'est personnel, et j'espère, partagé. S'il a conscience de sa méconnaissance, tout n'est pas perdu pour lui. Il peut encore apprendre – nous pouvons toujours apprendre, et c'est ce que je souhaite faire chaque jour où je me rends au bord de l'eau. Lorsque le pêcheur a l'intuition de cette ouverture d'esprit, d'activité, la pêche se transforme alors en réelle passion. Néanmoins, s'il constate ce manque, c'est à dire s'il sait qu'il ne connaît rien du milieu dans lequel il tente de s'insérer, et surtout s'il s'en contre fiche, dans ces conditions, alors, la pêche ne représente tout au plus pour lui qu'un vague passe-temps. Elle devient un « truc » qu'il fait par ennui, pour essayer ou faire comme les autres. Elle n'est qu'une occupation, parfois ancestrale, qui peut aisément disparaître de sa vie à tout moment, la modernité faisant son œuvre sur tout ce qui touche à la nature.

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Une truitelle du lac d'Artouste (Pyrénées-Atlantique)

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Plus loin que l'eau, il existe également le milieu dans son inconnue intégralité. Ici est le milieu aquatique et les êtres vivants qui le fréquentent, ou devrais-dire, les milliers de mondes aquatiques et l'infinie variété d'êtres vivants qui y vivent dans un nombre incalculable de combinaisons. En allant encore un peu plus loin, existent donc les rives, les arbres qui y poussent, les oiseaux, les insectes... Plus loin, peut-être une prairie, une forêt de feuillus, une lande sèche... ? Quoi d'autres encore ?

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Le lac de Bellefontaine (Doubs) à la tombée de la nuit

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En poursuivant plus loin que l'eau et les milieux aquatiques, nous trouvons la terre qui borde cette eau, la roche du sous-sol, et puis au-delà, une autre terre un peu différente, qui elle-même touche la première – si proche, mais déjà distincte, exposée différemment à la lumière du soleil, au vent et à la pluie et ainsi de suite. Cet autre terrain abrite peut-être un autre biotope imperceptiblement différent.

La pêche nous fait-elle découvrir la nature, sa complexité ainsi que toutes les interactions de chacun de ses éléments ? Pour moi, c'est plus qu'une évidence. Si le pêcheur ne sait pas cela, ou si de nouveau, il s'en fout, son activité pourra alors s'apparenter à une forme quelconque de piégeage quasi aléatoire ou de prédation basique. Il pourra ainsi se poser n'importe-où près de l'eau, balancer sa ligne au bout de laquelle, un hameçon, où sera piqué un appât particulier, qui selon des sources indéterminées, mais néanmoins sûres, est sensé plaire aux poissons. Éventuellement, ce pêcheur-là pourra faire des recherches pseudo-scientifiques, ou livresque centrées sur cette « nourriture » quelque fois chimique, puisque pour lui, le plus important est là. La subsistance, la faim et la nécessité alimentaire du poisson d'élevage, animal domestiqué, misent au centre de la pêche, créé pour le plaisir de l'homme. Plus intelligent encore, il fera confiance en sa capacité intellectuel, en sa supériorité naturelle vis-à-vis du poisson, animal basique, et cela par progrès technologiques interposés : la technique et le matériel dernier cri comme solution miracle. Et s'il ne prend pas de poissons dans ces conditions, c'est qu'il n'y en a pas !

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La Bienne en amont de Saint-Claude (Jura) en été

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Qu'avons nous d'autre à appréhender ? Très intimement liées aux biotopes, la climatologie et la météorologie ont une importance vitale. Il existe chez certains une forme d'instinct, et pour d'autres une facilité à utiliser leur expérience pour s'en sortir.

Je dois avouer que je vais pêcher même si les conditions sont mauvaises, mais encore faut-il reconnaître ces mauvaises conjectures. Il est vrai que le plaisir de la pêche à la mouche ne passe pas essentiellement par le résultat, ni par le nombre de poissons pêchés, de mon point de vue, mais laisser de côté cet aspect revient à ne rien apprendre en pêchant, au final...

à part se servir du matériel !

Continuons au-delà de l'eau et des milieux. Lorsque l'on fait un focus et que l'on se penche précisément sur cette curieuse matière liquide qui nous attire, lorsque l'on s'y plonge, en quelque sorte, on ne peut pas passer à côté de la question : Quels poissons vivent dans ces eaux ? Tous les pêcheurs se la pose, semble-t-il. Est-ce bien certain ? Les rares qui ne s'en inquiètent pas, et je sais qu'il en existe, considèrent la pêche, selon moi, comme un jeu de hasard à cent pour cent. Ce qui est loin d'être le cas. D'une certaine façon, ils me ressemblent, car eux-aussi peuvent prétendre n'accorder aucune importance au nombre de prises ! Heureusement pour eux, car confondre « pêche » et « loterie » peut causer quelques graves désillusions ...

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Le ruisseau du Moulin du Pré (Mayenne - Manche)

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Dans l'expression « pêche à la mouche », il y a « pêche » mais il y a aussi « mouche ». De mon opinion, lorsqu'il y a « mouche » il doit y avoir l'obligation d'aller encore au-delà des idées invoquées plus haut. Il est bien sûr question de connaissance fine des rouages, mais pas uniquement. Nous sommes astreints à nous asseoir au bord de l'eau pour observer le monde qui nous entoure, tenter de nous faire oublier de cette nature qui ne veut plus de nous. Notre devoir est d'impérativement tenter de comprendre, de tout comprendre pour respecter, de nous fondre sans artifice dans notre environnement. Nous devons nous faire cette promesse, et cela dans le but de pêcher tout en étant accepté d'une nature qui n'est pas un adversaire. Nous pourrons ainsi y trouver un plaisir profond, mais également y puiser tout simplement la sagesse.

La pêche à la mouche telle que je l'entends n'est ni technique pure, ni connaissance parfaite des poissons et de ce qu'ils mangent, ni compétence absolue en biologie... , mais comme pour tout ce qui nous entoure, c'est un tout. C'est une façon de ne pas oublier que, nous les hommes, nous ne sommes pas tout puissant. Une infinité de notions resteront pour nous impénétrables à tout jamais. L'important c'est de continuer à apprendre. Dans notre cas, pauvres moucheurs, ce sont souvent les truites sauvages qui nous rappellent ce principe.

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